Les implantations successives de la faculté des sciences et de l'UM2
Dès l’installation solennelle de la faculté des sciences le 30 mai 1810 se pose le problème majeur et récurrent des locaux. Durant près de quarante ans, le personnel de la faculté n’a de cesse d’écrire aux autorités compétentes de la ville de Montpellier et du ministère de l’instruction publique pour tenter d’obtenir des locaux pouvant accueillir les activités propres à une faculté des sciences. Des annexes sont tout de même mises à sa disposition pour les travaux pratiques, tels que la tour de la Babote ou le Jardin des plantes.
Les locaux principaux
Le théâtre de Montpellier - 1810
Les cours de la faculté des sciences de Montpellier ont commencé en juin 1810. La ville de Montpellier, n’ayant pas encore attribué de locaux définitifs, permet l'organisation des cours dans la salle du cabinet de physique qui se trouve dans le théâtre de Montpellier. Les plaintes des professeurs ne tardent pas. Dans une lettre du 8 juin 1810, ils soulignent le fait que les cours finissent à 17h, obligeant les élèves à croiser les spectateurs qui attendent l'ouverture du théâtre. Disposer de locaux spécifiques apparaît rapidement être une nécessité.
L’hôtel de Jacquet – 1810 à 1816
En 1810, à la suite des revendications des professeurs, la ville de Montpellier offre à la faculté des sciences la possibilité d’occuper le premier étage de l’hôtel de Jacquet, rue Saint-Ravy. Cependant, ces locaux sont totalement inadaptés à l’accueil des activités d’une faculté des sciences. Elle ne dispose alors que de huit petites salles. Par manque de place, les élèves sont obligés de rester debout pour assister aux cours ou d'empiéter sur l'enceinte réservée au professeur, l'empêchant d'effectuer ses démonstrations. En 1816, à la suite des nombreuses plaintes émises par les professeurs et les étudiants, la ville met enfin à leur disposition de nouveaux bâtiments rue Embouque d'Or. Cependant, ceux-ci s'avèreront être aussi peu adaptés à l'enseignement que les précédents.
La maison Crozals – 1816 à 1837
En 1816, la ville de Montpellier installe la faculté des sciences dans un local provisoire : la maison Crozals (aujourd’hui hôtel de Manse), située dans la rue Embouque d’Or. Succédant aux locaux trop étroits de la rue Saint Ravy, ce nouvel emplacement ne répond en rien aux besoins de l'enseignement et présente les mêmes problèmes que les précédents bâtiments. La faculté demeure tout de même 21 ans dans la maison Crozals, dans des conditions d’enseignement déplorables.
La maison Plantade – 1837 à 1890
En 1837, après des années de conflits avec la ville de Montpellier et le ministère de l’instruction publique, la faculté des sciences s’installe dans la maison Plantade, rue Saint-Pierre. La maison Plantade correspond d’avantage aux attentes des professeurs et des étudiants : elle est bien placée et les salles sont commodes et spacieuses. La faculté dispose enfin de six laboratoires pour la chimie, la physique et l’anatomie comparée, indispensables pour l’enseignement. Les collections sont pour la première fois disposées dans des lieux propres et accessibles, améliorant considérablement la qualité des leçons et évitant les transports dangereux. La faculté se modernise peu à peu en adoptant l'électricité domestique, le gaz d'éclairage (1861) ainsi que l'eau courante. Cependant, du fait du nombre croissant d’étudiants et à défaut de budget dédié à la réfection des bâtiments, les locaux se dégradent. Dès 1860, avec l’effondrement du plafond de l’amphithéâtre, le conseil de la faculté réitère ses plaintes concernant l’état de délabrement des bâtiments qui s'aggrave et la nécessité d’y effectuer des travaux de rénovation.
Saint-Éloi et le palais universitaire – 1890 à 1964
Dès 1864, le doyen Paul Gervais et son successeur Gustave Chancel alertent la ville de Montpellier et le ministère de l'instruction publique sur la vétusté et l'étroitesse des locaux de la faculté des sciences à la maison Plantade. Après des années de protestations et d'attentes, la ville s'engage à construire, en 1879, un hôpital suburbain en vue d'affecter les anciens locaux de celui-ci aux facultés, qui devient alors « le palais des facultés ». Anthony Kruger, architecte de la ville, conçoit un palais dans lequel chaque faculté est indépendante, mais avec des services communs telle que la bibliothèque universitaire. Pour la première fois de son histoire et après 81 années d'existence, la faculté des sciences de Montpellier dispose de locaux réellement adaptés à ses besoins. Le palais universitaire est inauguré le 23 mai 1890 lors des festivités du VIe centenaire, en présence du président de la République Sadi Carnot (1837-1894). La faculté des sciences reste dans ce bâtiment jusqu'à son déménagement sur le campus universitaire en 1964.
Les annexes
Les instituts universitaires
À la fin du XIXe siècle, la France décide de restructurer ses facultés afin de concurrencer les autres universités européennes. En 1889, le ministère de l’instruction publique décide de créer sept instituts à Montpellier afin de grouper dans un même bâtiment des enseignements scientifiques similaires : instituts de chimie, physique, mathématiques, zoologie, géologie, minéralogie et botanique. L’institut de botanique est installé au Jardin des plantes, celui de chimie sur les terrains de l’école de pharmacie, celui de biologie dans les bâtiments de la faculté de médecine et ceux de physique, géologie et minéralogie au palais universitaire. En fédérant les chaires de différents établissements d'enseignement supérieur, les professeurs ont la possibilité de travailler ensemble et de mutualiser les instruments et collections indispensables à leurs recherches et à leurs leçons. Aujourd’hui, les instituts ont été supprimés et n’ont plus d’existence juridique. La plupart des bâtiments et leurs noms existent toujours, témoignages d'une ancienne volonté de coopération scientifique universitaire.
- L’institut de botanique
Dès 1889, Charles Flahault, directeur de l'institut de botanique, supervise la construction des bâtiments situés dans le Jardin des plantes. Les locaux sont inaugurés en avril 1890 et visités en mai par le président de la République Carnot lors du VIe centenaire de l’université. L’institut de botanique permet notamment à Charles Flahault de rassembler l'ensemble des herbiers de Montpellier dans un seul et même lieu. Après 50 ans de fonctionnement, l'édifice est obsolète et n'est plus capable d’accueillir les nombreux étudiants. Le nouveau directeur Louis Emberger (1897-1969) décide alors de reconstruire l’institut et de le doter de locaux plus modernes et surtout plus grands. Ces nouveaux bâtiments sont inaugurés en 1959. Grâce au dynamisme et à la volonté de nombreuses personnalités, l’institut de botanique a connu un rayonnement scientifique international. Il abrite encore aujourd'hui l’un des plus grands herbiers de France regroupant les anciens herbiers des facultés de médecine et des sciences.
- L’institut de chimie
L'institut de chimie est installé en 1889 sur le terrain de l'école de pharmacie, rue de la Verrerie. Gustave Adolphe Gerhardt (1843-1921), célèbre architecte en chef des bâtiments civils et des palais nationaux, en est le concepteur. L'institut de chimie permet de fédérer les chaires locales de chimie de l'école de pharmacie et de la faculté des sciences. En 1922, l'institution est supprimée et remplacée par un institut des ingénieurs chimistes dirigé par la faculté des sciences et installé dans les bâtiments de l'ancien évêché. En 1923, un institut des carburants y est associé : le rôle joué par les camions et les voitures lors de la première guerre mondiale mobilise les autorités sur une éventuelle pénurie d'essence. La faculté des sciences est ainsi mise à contribution pour réfléchir sur des produits de substitution propres à être utilisés dans un tel cas. Pour la première fois, l'institut de chimie trouve dans ce programme une application industrielle, prenant toute sa place tant dans les problématiques locales que nationales. En 1934, sous l’impulsion du doyen de la faculté des sciences, Marcel Godechot (1879-1939), un nouveau bâtiment dédié à l’institut de chimie est construit rue de l’École normale. Cette institution est transformée en École Nationale Supérieure d'Ingénieur (ENSI) en 1957 grâce au professeur Max Mousseron (1902-1988), directeur de cet établissement de 1941 à 1972. Ces locaux, qui accueillent aujourd'hui l'École Nationale Supérieure de Chimie de Montpellier (ENSCM), ont été conçus pour répondre aux exigences de la recherche scientifique et techniques de la première moitié du XXe siècle.
La station de biologie marine de Sète
À la fin du XIXe siècle, le littoral de Sète est considéré comme un complexe zoologique d’une très grande richesse. Pour simplifier les fastidieuses excursions zoologiques hebdomadaires et faciliter la recherche, le professeur de zoologie Armand Sabatier (1834-1910) décide d'y fonder une station de biologie marine. Dès 1879, des locaux modestes lui sont mis à disposition par la ville de Sète. Armand Sabatier y accueille un nombre croissant d’étudiants ainsi que de nombreux savants du monde entier et le local devient vite trop étroit. Il mobilise alors les pouvoirs publics et obtient un terrain sur le littoral de l’étang de Thau pour la construction de la station zoologique de Sète. Le ministère, les villes de Sète et Montpellier ainsi que la faculté des sciences financent le projet de construction sur des plans dressés par l’architecte montpelliérain Numa Polge. La station est inaugurée le 21 novembre 1896. La station zoologique comprend tous les services indispensables à la recherche et à l’enseignement. Elle est dotée de riches collections réunies dans un musée zoologique comprenant de nombreux échantillons ichthyologiques (relatifs aux poissons), conchyliologiques (relatifs aux mollusques à coquille), etc. Œuvre de passionnés, la station de biologie marine de Sète acquiert un rayonnement et une renommée internationale. Après un siècle d'existence et d'importantes restaurations des bâtiments, elle reste un centre actif de recherches scientifiques.
La tour de la Babote
Vestige des remparts médiévaux de Montpellier, la tour de la Babote est aménagée en observatoire de 1738 à 1745, sous l'impulsion de deux astronomes montpelliérains, Pierre-François de Guilleminet (1691-1755) et Hyacinthe Danyzy (1698-1777), membres de la Société royale des sciences. Après la dissolution de celle-ci en 1793, l'observatoire de la Babote et ses instruments d'astronomie reviennent à la ville. Elle les met alors à disposition de son école centrale, puis, dès 1810, à la disposition de la faculté des sciences. Seulement, les dégradations de la charpente en rendent l'accès dangereux, les instruments sont dans un état déplorable et manquent de place. Peu à peu, la faculté évacue tous les instruments et déserte l'observatoire. En 1832, la tour est cédée au télégraphe de Chappe, laissant la faculté sans lieu d'observation fixe. Les professeurs demandent alors à la ville la mise à disposition d'un local propre à faire des observations. En 1855, la tour de la Babote leur est une nouvelle fois attribuée. La tour est à nouveau abandonnée au profit du nouvel observatoire construit dès 1878 au Jardin des plantes et de celui installé au palais universitaire où la faculté des sciences s’installe en 1890. La tour est alors concédée en 1899 à la société colombophile, dédiée à l’élevage de pigeons voyageurs. La faculté conserve toutefois ses instruments dans les premiers étages pour l’observation de phénomènes importants.





